Le plan de relance européen et l’avancement des projets de mobilité durable à Bruxelles

QUESTION ORALE DE MME ANGELINA CHAN – à Mme Elke Van den Brandt, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargée de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière

concernant le plan de relance européen et l’avancement des projets de mobilité durable à Bruxelles.

Mme Angelina Chan (MR).– À la suite de la pandémie de Covid-19 et vu ses répercussions sociales et économiques en Europe, l’Union européenne a mis en place, dans le cadre du programme Next Generation EU, un plan de relance inédit baptisé facilité pour la reprise et la résilience (Recovery and Resilience Facility – RRF), un dispositif d’un montant global de 723,8 milliards d’euros, dont 5,9 milliards d’euros alloués à la Belgique.

Ce soutien permet de financer des projets de réforme et d’investissement, selon un plan définissant les actions prioritaires pour atténuer les effets de la pandémie et renforcer la durabilité et la résilience de l’économie et de la société. Chaque État membre définit son propre plan. En Belgique, la mise en œuvre du plan repose en grande partie sur les entités fédérées, chacune des Régions ayant contribué à définir des priorités d’action.

À Bruxelles, une part considérable des financements a été mobilisée en faveur de la mobilité durable. Dans ce cadre, plusieurs projets pilotés ou coordonnés par la Région de Bruxelles-Capitale – et relevant de vos compétences – ont été retenus, notamment le déploiement accéléré des infrastructures de recharge électrique pour les véhicules, l’élaboration de solutions de mobilité tout-en-un (mobility as a service – MaaS) pour favoriser l’intermodalité, la création et la rénovation de pistes cyclables dans le cadre du réseau vélo plus, ainsi que l’aménagement d’emplacements de stationnement pour vélos sécurisés sur le territoire bruxellois.

Dans le cadre de l’objectif d’installation de 11.000 points de recharge électrique à Bruxelles d’ici 2035, équitablement répartis sur le territoire, notre pays devait avoir aménagé 360 points de recharge en 2024. Cet objectif a-t-il été atteint ? Dans la négative, pourquoi ?

Le plan prévoit la création d’une plateforme intégrée de services de mobilité, permettant à l’usager de combiner aisément les modes de transport disponibles à Bruxelles. Où en est le déploiement de cette solution de mobilité tout-en-un ?

Existe-t-il un calendrier de mise en œuvre, ainsi qu’une stratégie de communication et d’adhésion des opérateurs concernés ?

Dans le cadre de l’amélioration du réseau vélo plus à Bruxelles, un budget de 34,1 millions d’euros est consacré à la création et à la rénovation de 21 km de pistes cyclables et à l’installation de 7.000 places de stationnement pour vélos, avec une échéance fixée à juin 2026. À ce jour, 6,3 km ont été réalisés. Où en est la construction des 14,7 km restants et l’aménagement de places de stationnement pour vélos ?

Mme Elke Van den Brandt, ministre.- En ce qui concerne le déploiement des bornes de recharge, permettez-moi d’insister sur le fait que cette compétence est partagée avec le ministre de l’Environnement, M. Maron. En effet, sous la législature précédente, nos deux administrations étant concernées, nous avons décidé que c’est lui qui piloterait le plan de déploiement des bornes de recharge.

Ces dernières années, le ministre Maron a effectué un travail très important dans ce dossier. En avril 2019, Bruxelles comptait quatre bornes de recharge en voirie. En février 2025, on dénombrait déjà plus de 3.200 bornes en voirie. Entre-temps, 7.276 points de recharge sont accessibles au public et ce chiffre ne cesse d’évoluer.

Sur la base des différentes études réalisées, la Région s’est fixé comme objectif d’installer 22.000 points de recharge accessibles au public, hors et en voirie, d’ici 2035.

Ainsi, la Région a dépassé le seuil des 350 points de recharge. L’objectif des 22.000 points de recharge en 2035 est donc toujours réalisable, compte tenu du rythme de croissance du réseau, y compris du réseau de recharge électrique actuel.

Concernant votre deuxième question, nous arrivons à la fin du projet relatif à la facilité pour la reprise et la résilience (Recovery and Resilience Facility, RFF), intitulé « Accélération du déploiement du MaaS ». Par conséquent :

– les cas d’usage et les jeux de données figurent sur la plateforme régionale des données hébergée par Paradigm ;
– une étude complète a été conduite, avec publication d’un rapport, sur l’évolution du service de vélos en libre-service afin d’anticiper la fin de la concession avec JCDecaux pour le service Villo, car le contrat prend fin en 2026 ;
– une étude stratégique pour les hubs de mobilité a été conduite, avec publication d’un rapport. Une étude de conception et design a également été achevée. En revanche, le projet de déploiement des vingt projets pilotes n’est pas encore terminé ;
– les trois grands marchés et campagnes pour les années 2022, 2023 et 2024 ont été réalisés, avec notamment plusieurs campagnes de l’action Mobility Changers, dont les résultats sont particulièrement positifs.

La quasi-totalité du budget de 5,65 millions d’euros initialement prévu est dépensée.

L’application MaaS la plus aboutie et la plus adoptée dans la Région est l’application régionale Floya. Si vous ne la connaissez pas, permettez-moi d’en faire la publicité pendant les cinq minutes qui me sont accordées. Sa coordination est assurée par la STIB avec le soutien de Bruxelles Mobilité. Les actions du projet MaaS RRF permettront à l’avenir une adoption accélérée des solutions MaaS ainsi qu’une intégration facilitée de services de mobilité multimodale.

Quant à l’application Floya plus spécifiquement, cette dernière a été lancée en septembre 2023 et téléchargée environ 250.000 fois depuis lors, ayant ainsi permis de créer 4,7 millions de trajets au cours de l’année 2024. Tous les indicateurs d’évaluation du projet Floya sont continuellement à la hausse, laissant ainsi présager une adoption de plus en plus grande sur le long terme.

Bruxelles Mobilité et la STIB diffusent régulièrement des informations auprès des opérateurs de services de mobilité afin d’assurer un échange structurel avec ces acteurs.

En ce qui concerne la communication vis-à-vis des citoyens, le quatrième volet du projet MaaS RRF a permis l’organisation de nombreux événements et d’actions d’activation sur le terrain, mais également l’organisation de la campagne Mobility Changers.

Concernant le cadre de l’amélioration du réseau vélo plus, le montant de 34,1 millions d’euros que vous citez n’est pas correct : le budget alloué à ce volet est de 20 millions d’euros.

Les objectifs de réalisation du plan européen RRF ont été revus à la baisse début 2023 par la Commission européenne, à la suite de l’augmentation des prix des matériaux de construction.

Dans le cadre spécifique du RRF appliqué au MaaS, l’objectif de 15 km de nouvelles pistes et de 5 km de pistes cyclables rénovées a d’abord été réduit à 13 km de nouvelles pistes et 5 km de pistes rénovées.

Dans un deuxième temps, la Belgique a encore négocié une réduction de 10 %, puisque les budgets ne pouvaient pas être revus à la hausse, ce que la Commission européenne a accepté fin 2023. L’objectif à atteindre fin 2026 est donc finalement de 11,7 km de nouvelles pistes cyclables et de 4,5 km de pistes rénovées, soit un total de 16,2 km.

Aujourd’hui, nous avons réalisé 11,38 km de nouvelles pistes cyclables à l’aide de ce fonds européen. Il reste à obtenir les procès-verbaux de réception pour 3,86 km de ces réalisations, et nous avons également rénové 3,4 km de pistes cyclables, soit un total provisoire de 14,78 km. Il reste donc 1,5 km à réaliser avant fin 2026, ce qui ne semble pas poser de problème vu les projets en cours.

Parking.brussels a effectué en 2024 un relevé de l’offre de stationnements pour les vélos, qui comptabilise un peu de plus de 50.000 places en voirie en 2024, contre 31.000 en 2020, soit un accroissement du parc de près de 20.000 emplacements. L’objectif de 7.000 places supplémentaires est donc aussi largement atteint.

Mme Angelina Chan (MR).- Il est toujours précieux pour notre travail parlementaire de disposer d’un état d’avancement aussi détaillé sur l’utilisation de fonds européens. Je me réjouis que certains objectifs, comme celui des bornes de recharge, aient été dépassés. C’est une bonne nouvelle pour les usagers de véhicules électriques.

Au-delà des chiffres, je voudrais vous ramener à une réalité simple : la mobilité n’est pas qu’un tableau Excel, c’est le quotidien des Bruxellois. Or, sur le terrain, trop de citoyens ne voient pas encore le changement promis, avec une plateforme mobilité tout-en-un (mobility as a service, MaaS) pour favoriser l’intermodalité.

L’application Floya est effectivement une belle initiative, mais son déploiement reste insuffisamment visible pour le grand public. L’enjeu de l’adhésion des opérateurs privés et du bon usage par les citoyens n’est pas qu’une question technique : c’est une question d’ergonomie, d’accessibilité et de communication. Sans cela, le projet risque de ne pas atteindre son potentiel. En effet, aujourd’hui, la stratégie régionale donne parfois l’impression qu’il n’y a qu’un bon mode de transport, à savoir le vélo. Or, je vous le rappelle, la mobilité durable, ce n’est pas l’exclusion, mais plutôt la liberté de choix.