La prévention contre le VIH en région bruxelloise

Question orale de Mme Angelina Chan

à Mme Barbara Trachte, ministre-présidente en charge de la Promotion de la santé

Mme Angelina Chan (MR).- Alors que nous avons célébré, le mois passé, la Journée mondiale de lutte contre le sida, les dernières données disponibles entraînent un constat préoccupant. En Belgique, le nombre de nouveaux diagnostics du VIH ne diminue plus depuis quatre ans, avec plus de 660 personnes diagnostiquées l’an dernier. Surtout, les acteurs de terrain observent un retour des préjugés, une méconnaissance persistante du virus et un recul de l’usage du préservatif chez les jeunes, ce qui fragilise tout le potentiel de la prévention combinée.

Cette inquiétude est renforcée à l’échelle internationale en raison de l’arrêt brutal du financement par l’administration américaine des programmes President’s Emergency Plan for AIDS Relief et Usaid, ce qui risque, à terme, de provoquer plus de 6 millions de nouvelles infections et plusieurs millions de décès en seulement quelques années. Ce signal d’alarme rappelle combien les politiques de prévention doivent être stables, scientifiquement fondées et ambitieuses. Or, dans plusieurs pays voisins, tels que la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas, les budgets consacrés à la prévention du VIH et des infections sexuellement transmissibles sont aujourd’hui en baisse, alors même que certaines données font état d’une augmentation marquée des infections chez les jeunes de 15 à 24 ans dans certains territoires.

À Bruxelles, des initiatives de sensibilisation telles que la « Nuit positive », portée par le tissu associatif bruxellois actif en matière de prévention du VIH, ont récemment rappelé l’importance d’une information accessible, fiable, dénuée de tabous et adaptée aux réalités des jeunes. Les jeunes Bruxellois doivent pouvoir compter sur un accès réel aux outils de prévention, de dépistage et de protection.

  • Quels moyens concrets la Commission communautaire française déploie-t-elle pour renforcer la prévention du VIH auprès des jeunes Bruxellois face au recul de l’usage du préservatif et à la résurgence des fausses croyances ?
  • Quelles actions sont mises en place pour faciliter le dépistage précoce, en particulier par des dispositifs mobiles, des permanences décentralisées ou des partenariats avec les centres de planning familial, les associations de prévention et les CPAS ?
  • Comment la Commission communautaire française soutient-elle l’accès à la prophylaxie préexposition (PrEP), cet outil de prévention majeur, mais encore insuffisamment connu et parfois difficile d’accès pour les jeunes publics ?
  • Enfin, quels moyens sont mobilisés pour soutenir durablement les acteurs de terrain, notamment les associations comme Ex Aequo, la Plateforme prévention sida ou les services de promotion de la santé, dont le travail quotidien est essentiel pour lutter contre la désinformation et accompagner les jeunes vers une sexualité informée et protégée ?

Rudi Vervoort, ministre.- La Commission communautaire française soutient depuis toujours diverses associations de santé sexuelle et reproductive qui luttent contre le VIH. Concernant les jeunes, l’ASBL O’YES a développé un projet dénommé « IST », qui vise à informer et à sensibiliser sur le thème des infections sexuellement transmissibles.

Le projet s’efforce de promouvoir les bons réflexes avant, pendant et après un rapport sexuel, tout en offrant les ressources nécessaires. Dans cette dynamique, O’YES a développé des outils pédagogiques, ainsi que le site internet depistage.be et une brochure, avec un réseau d’associations et d’hôpitaux francophones.

Dans le cadre du plan de promotion de la santé 2023-2027, O’YES s’est également chargée d’un projet de prévention par les pairs dans les hautes écoles bruxelloises et dans certaines universités. Cette initiative a pour objectif de promouvoir la santé sexuelle auprès des jeunes en s’appuyant sur l’implication directe de leurs pairs.

La Commission communautaire française soutient aussi le projet Be Tested, développé par les fédérations de centres de planning familial et différents hôpitaux. En plus d’être une source d’informations fiables, ce projet prévoit la mise en place de tests rapides orientés vers le diagnostic dans huit centres de planning familial, qui permettent de détecter des anticorps anti-VIH en quelques minutes. Ce projet est par ailleurs soutenu par l’Agence pour une vie de qualité. Ce dépistage décentralisé et démédicalisé vise de plus le renforcement des dépistages classiques des autres infections sexuellement transmissibles.

La Commission communautaire française est en outre partie prenante de l’accord de coopération visant à généraliser l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (RVRAS) dans l’enseignement francophone. Les animations données par les 27 centres de planning familial agréés notamment par la Commission communautaire française abordent la thématique de la prévention des infections sexuellement transmissibles et déconstruisent les fausses croyances que peuvent véhiculer les réseaux sociaux.

La Plateforme prévention sida prend également en charge une campagne de prévention combinée sur le VIH et les infections sexuellement transmissibles, ainsi que ses outils à destination de la population générale et des jeunes adultes.

Dans le cadre du plan de promotion de la santé 2023-2027, la Commission communautaire française soutient par ailleurs une série de projets menés par des associations dont le travail de terrain vise le dépistage précoce d’autres publics, comme les personnes LGBTQIA+ et les personnes qui se prostituent. Les ASBL Ex Aequo, Alias, Espace P et la Plateforme prévention sida travaillent avec ces différents publics.

En ce qui concerne les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD), des dépistages avec ou sans rendez-vous sont possibles dans les locaux de la Plateforme prévention sida ou dans ceux de partenaires (Transit, Latitude Nord, Free Clinic, Les Pissenlits, Douche Flux, etc.). Ces ASBL mènent aussi des actions hors les murs (outreach) avec leurs vans de dépistage, en divers endroits de Bruxelles (gare du Midi, place Bara, marché de Clemenceau, station de métro Yser, quartier Matonge, etc.). Des autotests VIH sont également distribués lors d’événements communautaires et envoyés gratuitement par la poste sur demande via leurs sites internet.

La Fédération laïque des centres de planning familial coordonne un groupe de travail qui se réunit mensuellement autour des enjeux de la prévention et du dépistage du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles au sein des centres de planning familial. Elle est en outre responsable de la coordination de la deuxième ligne (méthodologie, logistique et communication) du projet Be Tested, dont la première ligne est assurée par les centres de planning familial.

Concernant la prophylaxie préexposition (PrEP), les traitements post-exposition et la prévention combinée – un paradigme en constante évolution qui atteint parfois un degré de technicité élevé –, la Commission communautaire française soutient une série d’acteurs qui interviennent dans le cadre de cette technique, comme Alias, Espace P, Ex Aequo ou la Plateforme prévention sida.

Enfin, s’agissant de la poursuite des actions des ASBL précédemment citées, le plan de promotion de la santé leur octroie un budget de 1,345 million d’euros spécifiquement consacré à la santé sexuelle. À ce montant s’ajoute une partie des budgets alloués à l’ASBL Modus Vivendi, qui travaille aussi à la réduction des risques en matière d’usage de drogues.

Mme Angelina Chan (MR).- Je me réjouis d’entendre que vous soulignez l’importance de la prévention et soutenez pleinement celle-ci.

Si j’ai insisté sur cet aspect, ce n’est pas par hasard, car le VIH implique aujourd’hui un traitement à vie, efficace, mais coûteux pour la collectivité. À l’inverse, la prévention – information, dépistage, préservatif et prophylaxie
préexposition (PrEP) – coûte beaucoup moins cher et permet d’éviter des contaminations irréversibles.

Nous partageons manifestement le même objectif sur ces enjeux : éviter tout recul en matière de prévention et protéger les jeunes Bruxelloises et Bruxellois.