Les actions du plan bruxellois de lutte contre le racisme visant la jeunesse

QUESTION ORALE DE MME ANGELINA CHAN

à Mme Nawal Ben Hamou, secrétaire d’État à la Région de Bruxelles-Capitale chargée du Logement et de l’Égalité des chances,

concernant les actions du plan bruxellois de lutte contre le racisme visant la jeunesse.

Mme Angelina Chan (MR).– Bruxelles, avec ses 189 nationalités, est l’une des villes les plus diversifiées au monde, et cette diversité se reflète particulièrement au sein de la jeunesse bruxelloise. Dans les quartiers, les écoles, les clubs sportifs et les espaces culturels, les jeunes incarnent la richesse multiculturelle qui fait la singularité de notre Région.

Toutefois, cette diversité ne les protège pas contre les inégalités. Au contraire, les jeunes issus de l’immigration, ou perçus comme tels, restent particulièrement exposés aux discriminations. Que ce soit en ligne ou hors ligne, le racisme continue de marquer les parcours de nombreux jeunes et d’affecter leur confiance dans les institutions.

Les chiffres de 2023 d’Unia pour la Région bruxelloise font état de 1.265 signalements de discrimination, dont 31 % fondés sur des critères « raciaux ». C’est en Région de Bruxelles-Capitale que l’on enregistre la plus forte proportion de signalements liés à la conviction philosophique ou religieuse, comparativement aux autres Régions.

Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : de nombreuses situations restent dans l’ombre, notamment parmi les jeunes, en raison d’une méconnaissance des dispositifs existants ou par crainte de ne pas être entendus.

Face à ce constat, le gouvernement bruxellois a adopté le plan bruxellois de lutte contre le racisme. S’appuyant sur les recommandations des assises de lutte contre le racisme du Parlement bruxellois, ce plan prévoit des actions réservées à la jeunesse.

L’action 1 prévoit le soutien financier du secteur associatif antiraciste, spécialement à travers des projets innovants ou ciblant des sous-groupes spécifiques, ainsi que des activités créatives et pédagogiques destinées aux jeunes.

Depuis l’adoption du plan, en 2023, combien de projets axés sur la jeunesse ou incluant un volet jeunesse significatif ontils été subventionnés dans le cadre des appels à projets d’equal.brussels ? Quel est le budget total alloué à ces projets ? Quels types d’actions sont mises en œuvre pour lutter contre le racisme auprès de ce public ?

La campagne #BrusselsYouCanDoIt visait à toucher les jeunes témoins de discriminations pour agir contre le racisme. Quelles stratégies ont été développées et quels canaux de communication spécifiques ont été utilisés à cette fin en 2023 ?

L’action 5 vise à valoriser et à développer l’offre de visites guidées et muséales déconstruisant les stéréotypes racistes, dans le but d’atteindre un public plus large, qu’il soit scolaire ou adulte. L’offre destinée au public scolaire et aux groupes de jeunes a-t-elle été renforcée depuis 2023 ?

Les actions 10 et 11 touchent notamment à l’amélioration des relations entre la police et les citoyens. Ces actions visent en particulier les jeunes. Quels sont les résultats des actions menées depuis 2023 à cet égard ? Comment les données recueillies sur la confiance des jeunes envers la police sont-elles utilisées pour adapter les actions de sensibilisation et de formation des services de police bruxellois ?

Dans son action 14, le plan prévoit de soutenir des projets associatifs pour lutter contre le racisme dans le sport amateur, où ce phénomène est très répandu, alors que le milieu sportif est considéré comme un lieu d’émancipation. Combien de projets ciblant les jeunes dans ce secteur ont-ils été soutenus depuis 2023 ? Quels sont les types d’actions menées pour assurer l’inclusion des jeunes de toutes origines et lutter contre le racisme dans ce cadre ?

Enfin, dans le cadre de l’action 48 concernant l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, qui dispose d’un budget annuel de 900.000 euros, quels thèmes liés à la lutte contre le racisme sont-ils abordés avec les jeunes ? Comment le lien entre racisme, patriarcat et sexualité est-il concrètement abordé dans ces animations ?

Mme Nawal Ben Hamou, secrétaire d’État.- Vos questions abordent trois des enjeux les plus cruciaux de la lutte contre le racisme : la protection, la participation et l’émancipation des jeunes dans une société bruxelloise diverse, mais encore marquée par des inégalités profondes.

Depuis le début de la mise en œuvre du plan bruxellois de lutte contre le racisme en 2023, equal.brussels a soutenu dix-sept initiatives comportant un axe jeunesse significatif dans le cadre de ses appels à projets. Le budget alloué à ces projets s’élevait à 286.400 euros en 2023 et à 264.499 euros en 2024. Les initiatives financées sont multiples : festivals participatifs, spectacles, créations théâtrales, animations pédagogiques, expositions itinérantes, ateliers d’écriture, parcours urbains, capsules vidéo ou encore podcasts réalisés avec des jeunes de différents quartiers.

Ces initiatives visent à offrir aux jeunes des espaces de parole et d’expression, à renforcer leur capacité d’agir face aux discriminations et à lutter contre les stéréotypes racistes qui affectent encore trop souvent leur représentation, leur confiance en eux ou encore leur accès à l’emploi, au logement et aux loisirs.

En complément, la campagne de sensibilisation #BrusselsYouCanDoIt lancée fin 2021 et poursuivie en 2022 et 2023 s’adressait aux jeunes témoins ou victimes de racisme. Elle a combiné plusieurs stratégies : un affichage massif dans l’espace public, des collaborations avec des artistes et créateurs de contenu bruxellois, dont Lyna et Eddy Ape, auteurs du clip « Brussels Heart », ainsi qu’une campagne numérique déployée sur les réseaux sociaux. Elle a mobilisé des influenceurs issus de la diversité bruxelloise et connus des jeunes publics.

Un site internet a été créé. Il s’agit d’une boîte à outils qui recense les dispositifs d’accompagnement existants, les contacts utiles et les démarches pour signaler des faits de racisme. On y rappelle clairement le cadre légal et pénal qui sanctionne les propos ou actes racistes. Continuellement mis à jour, le site reste un point d’ancrage essentiel pour les campagnes futures.

Pour ce qui concerne l’action 5, visit.brussels a renforcé depuis 2023 l’offre de visites guidées déconstruisant les stéréotypes racistes. Une page consacrée à la diversité est mise en avant sur le site officiel. Elle recense ces visites, en lien avec les associations partenaires telles que les ASBL Bamko, Alter Brussels, Zinneguides, le Collectif Mémoire coloniale et lutte contre les discriminations ou encore la Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente. Ces parcours thématiques sont accessibles en plusieurs langues et s’adressent aussi bien aux écoles qu’aux maisons de jeunes ou aux groupes citoyens. La page a enregistré 2.360 visiteurs uniques en 2024, soit une hausse de 30 % par rapport à l’année précédente.

Visit.brussels a également travaillé avec les institutions muséales sur les enjeux d’accessibilité et de représentation. Le projet Open Museum, porté par Brussels Museums, a été soutenu dans ce cadre afin de sensibiliser les musées bruxellois aux enjeux d’inclusion, de décolonisation des collections et de diversification des publics. Plusieurs musées ont entamé des partenariats durables avec des écoles de quartiers populaires ou des associations de jeunesse.

Concernant les relations entre la police et la jeunesse, safe.brussels a poursuivi la dynamique initiée par la résolution parlementaire du 18 décembre 2020 en organisant une concertation structurée entre zones de police, communes et tissu associatif via le groupe de travail citoyens-police. Plusieurs initiatives concrètes ont été menées :

– développement des antennes de sécurité intégrées au niveau local comme lieux d’échange entre policiers et jeunes citoyens ;
– renforcement des projets de type Coffee with a Cop, ateliers en milieu scolaire ou communautaire ;
– soutien au programme des cadets dans certaines zones de police ainsi qu’au projet de l’ASBL Toekomst Atelier de l’avenir, qui fait découvrir les métiers de la sécurité et de la prévention à des jeunes en situation de vulnérabilité.

Un nouveau rapport sur les citoyens et la police, couvrant la période 2022-2024, sera publié cette année par safe.brussels. Il documentera les évolutions en matière de formation, de police de proximité (community policing) et d’actions de sensibilisation mises en place, y compris via Brusafe, sur les enjeux de racisme, de profilage et de relation à la diversité. Ces données serviront de base pour calibrer les futures formations.

Les questions sur les actions de lutte contre le racisme dans le sport amateur et l’intégration de thèmes antiracistes dans les animations d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle relèvent de la Cocof et de la Cocom. Je vous invite donc à les poser dans les instances adéquates.

Mme Angelina Chan (MR).- Je salue l’avancée que représente le plan bruxellois de lutte contre le racisme, notamment parce qu’il reconnaît le vécu des jeunes. Cependant, l’expérience du racisme chez les jeunes Bruxellois ne se vit pas en vase clos. Elle est quotidienne et intersectionnelle, et ébranle profondément la confiance dans les institutions.

Sur le terrain, je constate que les jeunes issus de la diversité ne sont au fait des voies de recours, comme Unia ou les dispositifs d’equal.brussels. En outre, ils ne s’y reconnaissent pas, car ces outils restent trop souvent institutionnels, loin de leur vécu. Aussi bien pensée soit-elle, une campagne sur les réseaux sociaux ne suffit pas toujours à rétablir la confiance rompue. En outre, l’actuel conflit au Moyen-Orient a ravivé les tensions dans certaines écoles, où des jeunes se sentent stigmatisés en raison de leur opinion ou de leur origine.

Ces faits montrent à quel point la lutte contre le racisme ne peut pas se limiter à des actions génériques. Vous avez parlé des visites guidées organisées pour lutter contre les stéréotypes. Il s’agit d’une belle initiative, mais encore faut-il qu’elle soit intégrée dans les parcours éducatifs de tous les jeunes.

Enfin, concernant les relations entre la police et les jeunes, les derniers chiffres de safe.brussels témoignent d’une défiance persistante. Ce fossé ne se comblera pas par des formations ponctuelles, mais grâce à un travail de fond et de coconstruction associant les jeunes concernés.