QUESTION ORALE DE MME ANGELINA CHAN
à Mme Elke Van den Brandt, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale chargée de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière,
concernant le réaménagement de l’avenue Reine MarieHenriette.
Mme Angelina Chan (MR).- Le week-end du 24 au 25 mai dernier, la Région a procédé à un réaménagement express de l’avenue Reine Marie-Henriette à Forest, située entre le square Lainé et l’avenue Besme.
Ce réaménagement a consisté en un renouvellement du revêtement, une suppression des casse-vitesses existants, ainsi qu’une apposition de nouveaux marquages au sol. Par conséquent, de nombreuses places de stationnement ont été supprimées, notamment toutes celles situées devant les habitations, au profit d’un marquage exclusivement dédié aux deux-roues et du déplacement de places de stationnement le long du parc de Forest.
Historiquement, l’avenue Reine Marie-Henriette présentait depuis plus de quarante ans un équilibre fonctionnel entre stationnements automobiles et emplacements pour deux-roues, avec des marquages distincts, sans qu’un dysfonctionnement majeur ait été constaté.
Or, la nouvelle configuration soulève de vives inquiétudes chez les riverains, tant en matière de sécurité que d’accessibilité. En effet, l’avenue, sinueuse et en pente, est connue pour la vitesse excessive que certains véhicules y atteignent. Pourtant, les ralentisseurs, installés en réponse à ce problème, ont été retirés sans être remplacés.
Les passages pour piétons sont peu nombreux et trop éloignés les uns des autres pour permettre une traversée sécurisée pour les usagers dits vulnérables, comme les personnes âgées, les femmes enceintes, les personnes à mobilité réduite, les enfants, etc.
Désormais, le stationnement n’est autorisé que du côté du parc de Forest. Tous les usagers sont donc contraints de traverser l’avenue pour accéder aux habitations ou à leur véhicule, sans que des mesures suffisantes soient prévues pour assurer leur sécurité, notamment en cas de visibilité réduite dans les virages.
Il devient impossible de déposer ou de prendre en charge une personne vulnérable devant son domicile sans bloquer la piste cyclable, ce qui représente un danger à la fois pour les cyclistes et les piétons.
Une concertation a-t-elle eu lieu avec les habitants et les autorités locales avant la mise en œuvre de ce réaménagement ?
Une étude d’impact a-t-elle été menée, en particulier concernant la sécurité routière, la circulation des piétons et des cyclistes, et l’accessibilité des personnes vulnérables ?
Combien de places de stationnement ont été supprimées, et quelles compensations de stationnement ont été prévues ?
Quel a été le coût de ce réaménagement express ?
Allez-vous réintroduire certains dispositifs de ralentissement ou de sécurité, tels que des casse-vitesse, ou revoir la répartition du stationnement afin de répondre aux besoins concrets des riverains tout en assurant la sécurité de tous les usagers ?
Des évaluations sont-elles prévues pour mesurer l’impact réel de cette nouvelle configuration sur la sécurité et la qualité de vie des habitants ? Si oui, selon quels indicateurs ?
Mme Elke Van den Brandt, ministre.– L’avenue Reine MarieHenriette nécessitait un réasphaltage en raison de sa vétusté. Lors de ce type d’entretien, Bruxelles Mobilité effectue toujours une analyse d’opportunité en vue d’améliorer les marquages au profit de la sécurité routière. Ce genre de projet s’inscrit donc dans une logique d’optimisation des interventions d’entretien courant. Lorsqu’un réasphaltage est planifié, nous saisissons l’occasion d’y améliorer le marquage au sol en maîtrisant les coûts, sans qu’il ne soit procédé à d’importantes modifications de l’espace public.
Une concertation approfondie a bien eu lieu avec les autorités locales, en l’occurrence la commune concernée. Plusieurs échanges ont été organisés au cours de l’année 2024 afin d’affiner le projet. Un avis formel de la commune a été transmis à la Région et les équipes techniques se sont assurées d’intégrer au maximum les remarques émises dans la version finale du réaménagement. De plus, un toutes-boîtes a été distribué aux riverains directement concernés en vue de les informer en amont de la nature et du calendrier des interventions.
Une étude complète tenant compte des conséquences en matière de mobilité, de sécurité routière, de signalisation, etc., a été réalisée au sein des différents services responsables de Bruxelles Mobilité. Les plans ont ensuite été validés en interne.
Des places de stationnement ont été supprimées, ainsi que deux emplacements devant des garages, et ce, pour des raisons de sécurisation (vitesse, visibilité des feux de signalisation et continuité cyclable). Les coûts pour Bruxelles Mobilité s’élèvent à 207.000 euros, dont 157.000 euros d’asphaltage. Des coussins berlinois seront également placés pour un montant de 5.000 euros.
Concernant les aspects sécuritaires, Bruxelles Mobilité relève régulièrement les vitesses sur les axes principaux de la Région afin de déterminer les points noirs, mais aussi les améliorations. En fonction des retours sur ce projet, Bruxelles Mobilité pourrait demander à la police d’installer des radars, mais rien n’est prévu à ce stade.
Mme Angelina Chan (MR).- Dans les politiques de mobilité, je suis préoccupée par la tendance aux réaménagements rapides, parfois improvisés, sans concertation suffisante avec les habitants et sans prise en considération des réalités locales.
Vous avez mentionné un processus de consultation, mais de nombreux riverains affirment n’en avoir jamais été informés et ne pas y avoir été associés. Cela révèle un problème de transparence et de communication et cela nuit à l’esprit de concertation qui devrait présider à tout changement, à la fois pour entendre les préoccupations des citoyens et pour leur expliquer les motivations des transformations envisagées.
Concernant l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, votre réponse est insuffisante. Un pédiatre exerce dans cette avenue et les enfants doivent la traverser. Il est en outre difficile de se garer sur l’avenue Besme et sur l’avenue Gabriel Fauré. La vitesse des voitures ne permet pas aux personnes âgées et handicapées de traverser en toute sécurité, les passages pour piétons étant trop éloignés des habitations.
J’observe une contradiction dans votre politique ; sous couvert d’une meilleure mobilité, vous créez davantage d’inconfort et d’insécurité, y compris pour les cyclistes et les piétons, que vous entendez pourtant protéger. C’est une approche purement dogmatique qui, en prétextant la recherche de la mobilité intelligente et douce, crispe et dresse les citoyens les uns contre les autres.

